PIERRE LORRAIN

Journaliste - écrivain - spécialiste de la Russie

mercredi 21 avril 2010

Les BPC de classe Mistral vendus à la Russie seraient positionnés dans la Baltique et le Pacifique

Selon Vladimir Popovkine, vice-ministre de la défense russe chargé de l’armement (cité par le journal Kommersant du 8 avril 2010, en russe), les 4 BPC (Bâtiment de Projection et de Commandement) de classe Mistral que la Russie est en passe d'acheter à la France seraient positionnés dans la Baltique (pour la défense de l'enclave de Kaliningrad) et dans le Pacifique (pour la défense des îles Kouriles, disputées avec le Japon depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale).

Il est cependant probable que leurs affectations définitives n'ont pas encore été établies puisque les négociations sont en cours pour la construction des quatre porte-hélicoptères pour un montant estimé à 1,5 milliard d'euros.

BPC MistralLe premier navire, fabriqué à Saint-Nazaire, ne sera opérationnel que dans cinq ans. On sait aussi que deux autres seront construits sous licence en Russie. Quant au quatrième, on ignore encore s'il sortira des chantiers navals français ou russes. Si les systèmes électroniques sont de conception française, l'armement, lui, sera russe. Comme le précisait le président Nicolas Sarkozy lors de la visite d'État du président Dmitri Medvedev en France, le 1er mars dernier : « C'est un navire de commandement, porte-hélicoptères que nous fabriquerons pour les Russes sans équipement militaire ». Bien qu'elle paraisse politique, cette décision est simplement dictée par le bon sens : les armements doivent être compatibles avec ceux du reste de la flotte russe.

Pour la partie française, ce contrat ne constitue en aucune manière un blanc-seing donné à la Russie pour envahir ses voisins. Au contraire, Paris considère que repousser la vente aurait été négatif pour les relations des pays occidentaux avec Moscou. Le président Sarkozy l'exprimait ainsi le 1er mars : « J'aimerais qu'on m'indique comment on peut dire aux dirigeants russes : "on a besoin de vous pour faire la paix, on a besoin de vous pour résoudre un certain nombre de crises dans le monde, notamment la crise iranienne qui est une crise très importante, mais on ne vous fait pas confiance, on ne travaille pas avec vous sur le Mistral, sur le BPC" ? »

Dmitri Medvedev et Nicolas Sarkozy

ici). Pour les experts français, les BPC Mistral ne peuvent pas compenser, à eux seuls, la faiblesse et la vétusté du potentiel naval russe ni, plus généralement donner à l'armée russe un avantage déterminant.

La question est de garantir la sécurité de ces États tout en persuadant la Russie qu'elle n'est en rien menacée. La France — mais aussi l'Allemagne — estime que le seul moyen d'atteindre ce but est d'impliquer la Russie dans les questions relatives à la sécurité commune.

Pour l'armée et la flotte russes, l'achat de matériel militaire occidental était inévitable. La réforme initiée par le ministre Anatoli Serdioukov — qui doit se traduire par une diminution drastique des effectifs — implique la modernisation des armements et des systèmes d'armes d'ici à 2020. Or l'industrie de défense russe est aujourd'hui incapable d'équiper l'armée et la flotte des systèmes de haute technologie prévus par la réforme.

Vladimir PoutineJusqu'ici, l'idée dominante au sein des élites militaires russes, élevées dans le « volontarisme soviétique » était que le pays devait conserver son autarcie dans l'industrie militaire indépendamment de la situation économique du pays. Aujourd'hui, une telle position tient du wishful thinking et les responsables politiques savent bien qu'une coopération avec les pays occidentaux dans le domaine industriel (y compris celui de l'armement) est inévitable. Comme le présentait le Premier ministre Vladimir Poutine, en septembre 2009, à part dans quelques secteurs de pointe, la Russie ne peut pas assurer toute seule les investissements nécessaires.

Ce contrat s'inscrit aussi dans la politique de diminution des tensions entre la Russie et les pays occidentaux à laquelle on assiste depuis l'arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche. Il confirme la nouvelle doctrine militaire russe qui précise que l'Alliance atlantique n'est plus une « menace » mais simplement un « danger ». Officiellement, cela signifie que, bien que l'Otan ne soit plus perçue comme un ennemi, des situations susceptibles de dégénérer pourraient se développer. Dans ce cas, l'Alliance atlantique redeviendrait une « menace ». En réalité, le maintien de l'Otan parmi les « dangers » semble être surtout une concession aux militaires qui se sentent déjà très menacés par la réforme en cours de l'armée.

 

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