PIERRE LORRAIN

Journaliste - écrivain - spécialiste de la Russie

jeudi, 02 juillet 2009

Révélations sur Saakachvili

Valeurs Actuelles - 2 juillet 2009 - 

Géorgie. Les confidences, sur le régime, de Salomé Zourabichvili qui fut ministre des Affaires étrangères après la "révolution des roses".

Le régime démocratique du sympathique président géorgien Mikhaïl Saakachvili ne serait qu'un clone aux couleurs pro-occidentales de celui, autoritaire et corrompu, de son prédécesseur, Edouard Chevarnadze, renversé en 2003 par la célèbre "révolution des roses". C'est Salomé Zourabichvili, son ancienne ministre des Affaires étrangères de mars 2004 à octobre 2005, qui l'affirme dans un livre provocateur mais bourré de révélations : « Entre Poutine et Chevarnadze, entre Saakachvili et Medvedev, entre Staline et ses successeurs, il n'y a en réalité aucune différence de substance. Ce sont les hommes d'un même régime, d'une parodie de démocratie. »

Révélations sur SaakachviliCette femme énergique a vu fonctionner le pouvoir géorgien de l'intérieur, après avoir été ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de France à Tbilissi. Née à Paris dans une célèbre famille de l’émigration géorgienne (l'académicienne Hélène Carrère d'Encausse est sa cousine), elle fit carrière au Quai d'Orsay avant d'être choisie par Saakachvili - avec l'aval du président Jacques Chirac - pour l'aider à construire une vraie démocratie pro-occidentale. Elle le croyait… 

Son livre réquisitoire, la Tragédie géorgienne, est le récit de son erreur. « Je suis choisie comme ministre pour l'impression que cela peut produire et non pour ce que je vais faire », explique-t-elle. Elle entra dans un système en trompe l'œil : « La démocratie - c'est-à-dire les institutions démocratiques, le langage démocratique des dirigeants, leur parcours, leurs études dans les pays occidentaux - est devenue la façade parfaite, derrière laquelle se cache un tout autre système : [...] un système dans lequel le processus de décision est concentré entre les mains du président et de quelques personnes, parmi lesquelles les responsables des ministères de force (le ministre de l'Intérieur et celui de la Défense) dominent… »

Ce n'est pas de la Russie qu'elle parle mais bien de la Géorgie, où l'opposition réclame depuis des mois la démission du président. Pour elle, l'équipe des "jeunes démocrates" de la "révolution des roses" n'a fait que reproduire la pratique de pouvoir de la plupart de ses homologues de l'espace postsoviétique. Le président Saakachvili que l'auteur dépeint n'est pas le dirigeant moderne et occidentalisé qu'admirent les Occidentaux, mais un homme du sérail, proche de Chevarnadze, sorti de l'école du KGB de Kiev qu'il fréquenta à la fin de l'époque soviétique, violent et manipulateur. À l'en croire, Saakachvili utiliserait « des technologies éprouvées qui remontent à un illustre prédécesseur, Staline, pour lequel il éprouve une certaine déférence ». Elle poursuit : « Rien ne compte face à la froide détermination de Saakachvili lorsqu'il aune idée en tête. Il ne pense qu'au pouvoir ! »

Tout pamphlet politique grossit sciemment le trait, d'autant que l'auteur est aujourd'hui l'un des dirigeants de l'opposition géorgienne. Ces critiques ont pourtant été vérifiées à travers la répression violente des manifestations de novembre 2007, les élections truquées de 2008, l'installation d'un Parlement croupion, la mort "accidentelle" du premier ministre Zourab Jvania, le jeu délétère de Vano Merabichvili - le puissant ministre de l'Intérieur, expert en provocations en tout genre, devenu le véritable homme fort du régime géorgien.

Salomé Zourabichvili l'affirme : la force de Saakachvili est d'être parvenu à faire croire qu'il est le champion de la démocratie et de la liberté face aux agressions répétées de la Russie. Il s'est ainsi assuré le soutien de l'Occident et le soutien nationaliste d'une partie de la population, alors que, par oligarques interposés, il ferait le jeu des Russes qui seraient en train d'acheter des pans entiers des infrastructures du pays.

Pierre Lorrain

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