PIERRE LORRAIN

Journaliste - écrivain - spécialiste de la Russie

Ce que vous ne lirez pas ailleurs

mardi, 23 avril 2019

Combien dure est la chute !

Cuisante défaite ! Petro Porochenko (1965-), le président ukrainien sortant, a été sorti pour de bon par une très large majorité des électeurs de son pays. Après dépouillement de 99,87 % des suffrages, il n’obtient que 24,45 % des voix, contre 73,23 % à son rival Volodymyr Zelensky (1978-). Il n’a pas seulement perdu, il a été littéralement écrasé. Ce résultat sans appel montre à quel point les Ukrainiens en avaient assez de lui et de sa politique.

Avec presque cinquante points d’écart, il était difficile au sortant de ne pas reconnaître sa défaite, ce qu’il a fait au cours d’une longue allocution où il a abondamment invoqué la célèbre injonction de Winston Churchill (1870-1965) « never surrender » qui, prétend-il, l’a toujours guidé. En tout cas, il a expliqué qu’il ne compte pas abandonner la politique et il exhorte ses partisans à se préparer pour son retour au pouvoir. Évidemment, cela semble illusoire après une telle gifle, mais s’il y a bien une chose que l’histoire récente de l’Ukraine a montrée, c’est que tout y est possible. Bien entendu, cela a inspiré certains commentateurs (ici, en russe) qui n’ont pas manqué de faire un lien entre le président ukrainien et l’ancien Premier ministre britannique, battu aux élections, en 1945, alors qu’il avait gagné la guerre, et qui revint au 10 Downing Street six ans plus tard.

Les résultats définitifs du premier tour de la présidentielle ukrainienne sont sans appel :

Volodymyr Zelensky – 30,24 % des voix,

Petro Porochenko – 15,95 %,

Ioulia Tymochenko – 13,40 %.

Ainsi, les deux personnalités qui dominent la vie politique ukrainienne – le président sortant et l’ancienne égérie de la « révolution orange », deux fois Premier ministre et trois fois candidate à l’élection suprême – ne parviennent pas, à eux deux, à égaler le score du nouveau venu. Cela montre à quel point les Ukrainiens aspirent au changement.

La victoire en vue

Mathématiquement, la victoire ne saurait échapper à Zelensky (1978-), l’outsider. Pour parvenir à le battre, il faudrait que les électorats de Porochenko (1965-) et de Tymochenko (1960-), ainsi que ceux d’autres petits candidats se rassemblent contre lui. Or, même s’ils présentent certaines ressemblances, ces électeurs ne sont pas interchangeables et un report de voix massif vers le président sortant est peu probable. Et, si c’était le cas, Zelensky dispose d’un réservoir plus important de suffrages :

Comme les sondages l’avaient prédit, l’acteur et producteur Volodymyr Zelensky – que la presse française se complaît à désigner sous les termes de « clown » ou de « bouffon » – est arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle ukrainienne, ce dimanche.

Après dépouillement de plus de la moitié des bulletins, il obtiendrait 30,20 % contre 16,64 % au président sortant Petro Porochenko. Quant à Ioulia Tymochenko, elle dépasserait à peine les 13 %. Cela signifie que, à lui seul, il a engrangé autant de voix que Porochenko et Tymochenko réunis. Quant à la participation, elle est de 63,5 %, supérieure à celle de la présidentielle de 2014 (59,8 %).

Scandale : le 20 mars, dans une interview au quotidien politique américain The Hill, le procureur général d’Ukraine Iouri Loutsenko (1964-) a accusé l’ambassadeur des États-Unis à Kiev, Marie Yovanovitch (1958-) de lui avoir communiqué, lors de son entrée en fonction, une liste de personnes contre lesquelles il ne devait pas engager de poursuites. Preuve de l’ingérence de Washington ? Le Département d’État dément fermement l’existence d’une telle liste, mais l’affaire reste trouble.

Surprise : alors qu’on la disait en perte de vitesse, Ioulia Tymochenko (1960-), l’ancien Premier ministre, semble revenir dans la course pour la présidentielle du 31 mars prochain. Selon un sondage réalisé pendant la deuxième semaine de mars, elle obtiendrait 18,8 % des intentions de vote si l’élection avait lieu maintenant, contre 17,4 % pour le président sortant, Petro Porochenko (1965-). En revanche, l’acteur Volodymyr Zelensky (1978-) serait toujours en tête avec 24,9 %  (Interfax-Ukraine, 19 mars 2019).

Assez loin derrière ces trois personnalités, viennent deux autres candidats. Le quatrième, Iouri Boïko (1958-), ancien ministre, obtiendrait 10,2 %. Il est le chef du Bloc d’opposition, pro-russe, qui s’est uni en novembre dernier avec la formation « Pour la vie » de manière à former le parti « Plateforme d’opposition – Pour la vie » en vue de l’élection présidentielle.

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