PIERRE LORRAIN

Journaliste - écrivain - spécialiste de la Russie

Ce que vous ne lirez pas ailleurs

Qu’est-ce qu’un oligarque ?

Depuis plusieurs jours, une « affaire russe » apparaît dans les rebondissements rocambolesques du feuilleton dont Alexandre Benalla, l’ancien « conseiller » et garde du corps du chef de l’État français, est le protagoniste. Aux États-Unis, des liens quelconques – même anodins ou fortuits – entre des Russes et un « proche » du président Donald Trump peuvent servir à la presse à jeter un doute sur les agissements de ce dernier et alimenter l’enquête du procureur spécial Robert Mueller. La France n’en est pas encore arrivée à ce point, mais elle semble bien s’en rapprocher.

L’« affaire russe » de M. Benalla et de son acolyte, le gendarme de réserve Vincent Crase, autre ancien collaborateur de l’Élysée, consiste en un contrat de protection liant ces personnes, par l’intermédiaire de sociétés de sécurité détenues ou gérées par eux, à deux hommes d’affaires russes, Iskandar Makhmoudov et Farkhad Akhmedov, présentés par la presse comme des « oligarques proches de Poutine ».

On dit que c’est avec les lumières du passé que l’on progresse dans les ténèbres de l’avenir. Il est donc difficile de répondre à cette question sans en poser une autre, en retour : qui se souvient de la crise des « euromissiles » qui remonte à l’époque de la guerre froide ?

Voici l’histoire, en quelques mots : à partir de 1977, les Soviétiques déployèrent sur le théâtre européen les missiles RSD-10 Pionnier (mieux connus sous le code OTAN de SS-20). Ils étaient dotés de trois têtes de rentrée indépendantes d’une portée de 4 700 km et d’une grande précision. Ces caractéristiques les rendaient capables de détruire les infrastructures militaires de l’Europe occidentale, mais pas d’atteindre les États-Unis. Ils constituaient donc une arme nucléaire susceptible de détruire le dispositif de défense de l’OTAN en prélude à une attaque conventionnelle des forces du Pacte de Varsovie. De ce fait, ils mettaient à mal le principe américain de « riposte graduée » et introduisaient un risque de « découplage » des défenses de part et d’autre de l’Atlantique. Les États-Unis seraient-ils décidés à engager une guerre nucléaire totale en ripostant avec leurs missiles balistiques intercontinentaux à l’emploi par les Soviétiques d’armes nucléaires incapables d’atteindre le « sanctuaire » américain ?

« De San Francisco à New York, des centaines de personnes se sont réunies pour le deuxième jour de suite, jeudi, afin de protester contre l’élection du magnat de l’immobilier » (Le Monde, 11 novembre 2016)

Finalement, on peut légitimement se poser la question : à quoi servent les élections si le candidat de l’union du peuple entier n’est même pas élu ? C’est tout de même une honte ! Hillary Clinton avait été choisie par la presque totalité des milieux politiques (démocrates, bien sûr, mais aussi tacitement une bonne partie des républicains), par les banques et les milieux financiers, par les classes supérieures, par les médias, par les « intellectuels », par le show-business, par l’immense majorité des artistes engagés et non engagés[1], de Hollywood à Sundance, par les écologistes, par les étudiants, par les antimondialistes, par les mondialistes, sans oublier la plupart des gouvernements occidentaux et – curieusement – leur opposition aussi.

Dans le précédent billet, nous nous permettions de taxer le ministre polonais de la Défense, Antoni Macierewic, d’incompétence parce qu’il avait été victime (volontaire ?) du canular sur la vente des Mistral égyptiens à la Russie pour 1 dollar symbolique.

L’ancien président de Pologne Bronisław Komorowski (2010-2015) – qui fut également ministre de la Défense – est encore moins tendre : « Il y a de quoi s’inquiéter [des propos du ministre Macierewic]. Ses déclarations montrent un degré d’ignorance et de légèreté dont les conséquences peuvent aller loin », a-t-il déclaré à la chaîne de télévision TVN24. « C’est une honte non seulement pour le ministre de la défense, mais aussi pour l'État polonais. »

On sait que, sur Internet, les canulars ont la vie dure et que les mêmes bêtises, à peine croyables, sont régulièrement reprises par des sites dont le sérieux et l’intelligence ne sont pas les qualités premières.
En revanche, il était difficile de croire qu’un organisme sérieux, comme est censé l’être le ministère de la Défense de la république de Pologne, se laisse prendre à un hoax qui peut être démonté en cinq minutes.

Voici l’histoire :

Le jeudi 20 octobre dernier, lors d’un débat parlementaire à la Diète de Varsovie, le ministre polonais de la Défense, Antoni Macierewicz, a déclaré que, selon des sources fiables, l’Égypte avait cédé à la Russie les deux BPC Mistral précédemment achetés à la France et cela pour un dollar symbolique.

Les articles publiés ici sont la propriété exclusive de leur auteur. Toute reproduction sans autorisation est interdite. Seules sont autorisées, conformément à la loi, de courtes citations en mentionnant la source et l’auteur.

Tous les articles que vous ne lirez pas ailleurs...