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lundi, 01 avril 2019

Ukraine : et si le « clown » n’était pas celui qu’on dit ?

Comme les sondages l’avaient prédit, l’acteur et producteur Volodymyr Zelensky – que la presse française se complaît à désigner sous les termes de « clown » ou de « bouffon » – est arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle ukrainienne, ce dimanche.

Après dépouillement de plus de la moitié des bulletins, il obtiendrait 30,20 % contre 16,64 % au président sortant Petro Porochenko. Quant à Ioulia Tymochenko, elle dépasserait à peine les 13 %. Cela signifie que, à lui seul, il a engrangé autant de voix que Porochenko et Tymochenko réunis. Quant à la participation, elle est de 63,5 %, supérieure à celle de la présidentielle de 2014 (59,8 %).

Le résultat de Zelensky est plus important que les prévisions des enquêtes d’opinion (on lui accordait quelque 25 % des suffrages). De deux choses l’une : on bien les instituts de sondage ont sous-évalué le poids des intentions de vote en sa faveur en pensant que les électeurs changeraient d’avis au dernier moment ; ou l’intense campagne de dénigrement dont il a été l’objet avant le premier tour a poussé vers les urnes un nombre important de citoyens excédés. Ces deux hypothèses ne s’excluent d’ailleurs pas.

Dans les derniers jours de campagne, les médias, chez nous, insistaient sur le fait que Zelensky était un candidat loufoque, que sa candidature était une blague de potache encore moins sérieuse que celle de Coluche à la présidentielle française en 1981. D’ailleurs, preuve que l’opinion ukrainienne n’était pas dupe, le président sortant, le pro-occidental Porochenko, dépassait les 20 % et gagnait du terrain sur lui.

Aujourd’hui, ils devraient s’interroger sur le fait que ce candidat qu’ils traitent par le mépris à longueur de colonne et de reportage ait obtenu quasiment le double de voix que son rival. Et si c’était parce qu’une grande partie des Ukrainiens en avaient assez d’être gouvernés par la brochette de « clowns » incompétents qui dirigent le pays pratiquement depuis l’indépendance ? Ces femmes et ces hommes politiques qui ont ruiné l’économie, divisé le pays et laissé la corruption devenir endémique alors qu’ils avaient tous les moyens – y compris l’aide occidentale – pour la réduire significativement sinon pour y mettre un terme.

Il convient cependant de relativiser le jugement : ces « bouffons » de la politique sont en réalité de redoutables prédateurs d’une intelligence machiavélique dès qu’il s’agit d’argent. Pour la plupart, ils se sont constitué des fortunes éhontées grâce aux largesses de l’État, au capitalisme de connivence et aux lois qu’eux-mêmes ou leurs amis des différents gouvernements faisaient voter par un Parlement où les millionnaires (en dollars) ont fini par devenir largement majoritaires.