PIERRE LORRAIN

Journaliste - écrivain - spécialiste de la Russie

Filtrer les éléments par date : février 2019

Qu’est-ce qu’un oligarque ?

Depuis plusieurs jours, une « affaire russe » apparaît dans les rebondissements rocambolesques du feuilleton dont Alexandre Benalla, l’ancien « conseiller » et garde du corps du chef de l’État français, est le protagoniste. Aux États-Unis, des liens quelconques – même anodins ou fortuits – entre des Russes et un « proche » du président Donald Trump peuvent servir à la presse à jeter un doute sur les agissements de ce dernier et alimenter l’enquête du procureur spécial Robert Mueller. La France n’en est pas encore arrivée à ce point, mais elle semble bien s’en rapprocher.

L’« affaire russe » de M. Benalla et de son acolyte, le gendarme de réserve Vincent Crase, autre ancien collaborateur de l’Élysée, consiste en un contrat de protection liant ces personnes, par l’intermédiaire de sociétés de sécurité détenues ou gérées par eux, à deux hommes d’affaires russes, Iskandar Makhmoudov et Farkhad Akhmedov, présentés par la presse comme des « oligarques proches de Poutine ».

On dit que c’est avec les lumières du passé que l’on progresse dans les ténèbres de l’avenir. Il est donc difficile de répondre à cette question sans en poser une autre, en retour : qui se souvient de la crise des « euromissiles » qui remonte à l’époque de la guerre froide ?

Voici l’histoire, en quelques mots : à partir de 1977, les Soviétiques déployèrent sur le théâtre européen les missiles RSD-10 Pionnier (mieux connus sous le code OTAN de SS-20). Ils étaient dotés de trois têtes de rentrée indépendantes d’une portée de 4 700 km et d’une grande précision. Ces caractéristiques les rendaient capables de détruire les infrastructures militaires de l’Europe occidentale, mais pas d’atteindre les États-Unis. Ils constituaient donc une arme nucléaire susceptible de détruire le dispositif de défense de l’OTAN en prélude à une attaque conventionnelle des forces du Pacte de Varsovie. De ce fait, ils mettaient à mal le principe américain de « riposte graduée » et introduisaient un risque de « découplage » des défenses de part et d’autre de l’Atlantique. Les États-Unis seraient-ils décidés à engager une guerre nucléaire totale en ripostant avec leurs missiles balistiques intercontinentaux à l’emploi par les Soviétiques d’armes nucléaires incapables d’atteindre le « sanctuaire » américain ?

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