Guerre en Ukraine : La solution qui se profile…
Volodymyr Zelensky visite des lignes de défense. .. inexistantes !

Guerre en Ukraine : La solution qui se profile…

Dans moins d’une semaine, le 20 mai, au terme de son mandat légal, Volodymyr Zelensky ne sera plus président de l’Ukraine. Certes, le 8 mai, la Verkhovna Rada a prolongé de trois mois la loi martiale, ce qui devrait théoriquement repousser sa descente de charge jusqu’au 11 août. Théoriquement… Car dans la pratique, dans cette situation constitutionnelle inédite, on ne peut que s’interroger sur la légitimité d’un président qui a ajourné sine die la tenue des élections et interdit les principaux partis d’opposition (certains plusieurs mois avant l’intervention russe).

Bien sûr, sur les plateaux de télévision, en France et dans d’autres pays européens, on mettra en avant la volonté de résistance du peuple ukrainien, uni comme un seul homme derrière son président (à vie ?). Et pourtant, souvenons-nous… À l’automne 2022, au moment de la mobilisation de 300 000 réservistes en Russie, on nous avait vendu les longues colonnes d’hommes qui fuyaient le pays pour ne pas être envoyés au front comme la preuve que les Russes n’approuvaient pas le « régime de Vladimir Poutine ». Or, depuis plus de deux ans, on assiste à une véritable hémorragie d’Ukrainiens en âge de combattre vers tous les pays limitrophes, y compris la Russie. Ces hommes – qui n’ont pas le droit de sortir du pays[1] – prennent tous les risques pour tenter de passer à l’étranger de manière à crier, en toute sécurité, leur amour pour le président Zelensky et son régime. Les réseaux sociaux sont saturés d’images de jeunes et de moins jeunes Ukrainiens entraînés de force dans les vans des recruteurs pour servir – joyeusement, on s’en doute – la patrie et son cher président.

L’évidente volonté des Ukrainiens de serrer les rangs derrière Zelensky a sans doute été confortée, ces derniers jours, par les nouvelles pour le moins enthousiasmantes du front : la fameuse offensive russe dans la région de Kharkov, anticipée depuis des mois par l’état-major ukrainien, a été lancée le 10 mai. Or, la fameuse ligne de défense qui devait protéger la zone frontalière non seulement n’a pas tenu, mais encore elle se révèle inexistante. Pourtant, on montrait régulièrement l’avancement des travaux, y compris par des vidéos mettant en scène le président visitant des ouvrages prétendument infranchissables. Que s’est-il passé ? La faute à « pas de chance », sans doute. Les Russes ont attaqué trop tôt alors qu’on n’attendait l’offensive qu’à la fin du mois. Grâce au savoir-faire des sapeurs du génie et des entreprises de construction du pays, tout aurait été fait en quinze jours ! Et parmi la population, tout acquise à la cause, personne évidemment ne se demande où sont passés les millions de dollars et de hryvnias affectés au projet.

Que l’on me pardonne d’abuser du deuxième ou du troisième degré mais, comme l’écrivait Léon Trotski : « Il y a une ironie qui réside à la base même des rapports vitaux. L’obligation de l’historien, comme celle de l’artiste, est de l’extérioriser[2]. »

Aujourd’hui, l’évidence saute aux yeux de la population ukrainienne comme du monde entier : pour Kiev, la guerre est perdue. C’était déjà clair hier pour peu que l’on prêtât attention à la réalité du terrain et non aux mantras ressassés sur les plateaux. L’évidence s’impose aujourd’hui : plus rien ne peut changer le sort des armes, même une intervention occidentale improvisée qui aurait pour seul résultat de prolonger inutilement les combats sans en changer l’issue, tout en risquant de déboucher sur un conflit nucléaire.

Le problème est que certains dirigeants occidentaux – à commencer par notre Caton du Faubourg Saint-Honoré – se sont tellement engagés dans le leitmotiv « la Russie ne doit pas gagner la guerre » qu’ils semblent prêts à faire des bêtises plutôt que de perdre la face. Heureusement, la prochaine perte de légitimité de Volodymyr Zelensky offre une porte de sortie.

Imaginons un instant que le président soit poussé dehors. Que, sentant le mécontentement monter et sa fin prochaine, il s’envole en catimini pour l’une de ses résidences à l’étranger. Ou qu’il soit victime d’un attentat[3] qui ouvrirait la voie à un nouveau pouvoir. Ou que, en ayant assez d’envoyer des troupes à l’abattoir, des militaires fassent ce qu’on appelait naguère un « pronunciamiento ». Ou que des foules à bout de patience et bravant le risque de représailles organisent un Maïdan à l’envers pour exiger « la paix, tout de suite ». Ou que des députés de la Verkhovna Rada décident de former un gouvernement provisoire et l’organisation d’élections dans un avenir prévisible et non pas aux calendes grecques…

Bref, imaginons un instant qu’un nouveau pouvoir, civil ou militaire peu importe, émerge et que, conscient de l’impasse, il demande à entamer des négociations avec la Russie… Quel soulagement ce serait pour les Occidentaux ! Eux qui répètent depuis le début que c’est aux Ukrainiens de décider s’ils doivent négocier. Tous ces Catons, transformés soudain en Ponce Pilates, s'en laveraient les mains et, oubliant vingt ans d’ingérences (depuis le premier Maïdan), ils prétendraient d’une seule voix que, après tout, l’avenir de l’Ukraine est l’affaire des Ukrainiens. Et, comme d’habitude, ils passeraient à autre chose.

 

 

[1] Rappelons que, pendant ce temps, les frontières de la Fédération de Russie sont ouvertes et qu’il n’y a pas de limitations pour la sortie du pays.

[2] Histoire de la révolution russe (1930), préface du tome II.

[3] En vrai et non pas le simulacre ridicule mis en scène par ses propres services et impliquant deux colonels de l’OuGO, le Service de Sécurité de l’État de l’Ukraine. Le but de la manœuvre étant vraisemblablement d’inciter les Occidentaux à mieux veiller à sa sécurité à un moment critique où n’importe quoi peut arriver.

PIERRE LORRAIN

Journaliste, écrivain - spécialiste de la Russie et de l'ex-Union Soviétique