Tout s’est joué en six ans. C’est pendant la courte période où Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev a dirigé l’Union soviétique (1985-1991) que le monde a changé de base, pour paraphraser les paroles de l’Internationale. En effet, il n’est pas aisé de comprendre la situation actuelle de la planète si l’on ne tient pas compte d’un événement majeur du xxe siècle : l’effondrement de la « superpuissance » militaire qu’était l’URSS. Bien sûr, le déclin du pays a été conduit par des facteurs objectifs, intérieurs et extérieurs, dont les plus importants étaient le délabrement économique, l’insatisfaction sociale et la perte d’attrait international du modèle communiste. Mais, l’évolution de l’État soviétique pendant cette période critique a été largement influencée – peut-être même à son corps défendant – par la personnalité de son dirigeant suprême, secrétaire général du Parti communiste puis président du pays.

Dans un peu plus de deux semaines, le 19 septembre les élections législatives se tiendront en Russie. Elles seront les premières à se dérouler sous la nouvelle mouture de la Constitution (voir notre précédent billet). Avant de nous pencher sur les attentes et perspectives des partis en lice, il convient d’étudier l’évolution de la scène électorale depuis les dernières législatives de septembre 2016.
Rappelons d’abord que les 450 députés de la Douma d’État sont choisis de deux manières différentes : la moitié (225) sont élus à la proportionnelle sur les listes fédérales présentées par les partis, l’autre moitié, au scrutin majoritaire à un tour dans les 225 circonscriptions électorales que compte le pays. Les deux élections ont lieu le même jour.

Dans deux mois, le 19 septembre 2021, vont se tenir en Russie les premières élections législatives après l’adoption de la nouvelle mouture de la Constitution, en juillet 2020. Ce scrutin est censé marquer le début d’un processus destiné à changer les pratiques politiques russes et à amorcer une évolution vers l’« après Poutine ».
Si nous écrivons « est censé », c’est que, comme dit le bon mot attribué au physicien Niels Bohr, « la prédiction est un art très compliqué, spécialement quand elle concerne l’avenir ». Il y a, bien entendu, deux réponses possibles à la question posée dans le titre. Un « non » catégorique s’impose à ceux qui tiennent la Russie pour irréformable et voient le régime « dictatorial » de Vladimir Poutine ancré dans la durée jusqu’en 2036 (et même au-delà si une nouvelle réforme constitutionnelle est adoptée entre-temps).
Cependant, si l’on considère que rien n’est immuable et que la Fédération de Russie doit relever les défis d’un monde en constante mutation, force est de constater que les choses doivent bouger et que la réforme de 2020 n’a pas été conçue pour simplement prolonger de deux mandatures (douze ans) la présidence de Vladimir Poutine, mais bien plutôt pour permettre la montée en puissance d’un nouveau système politique pour tenir compte de l’évolution de la société.