Capture d'écran de la télévision indienne WION

États-Unis : « Dire la vérité aux Américains »

La presse américaine est nettement moins conformiste que la française, même si les principaux journaux du pays comme le New York Times, le Los Angeles Times ou le Washington Post restent alignés sur les narratifs de la Maison Blanche, en particulier sur la question ukrainienne. Il n’en demeure pas moins que, depuis plusieurs mois, des voix dissonantes se font sentir et des personnalités en vue, des journalistes célèbres et des experts éminents s’interrogent publiquement sur le bien-fondé de la politique des États-Unis concernant la guerre en Europe.

Cette tendance s’est accélérée depuis les fuites de documents classifiés, issus du Département de la Défense (DoD) et de CIA, révélées au début d’avril. En effet, les infos qui y sont dévoilées contredisent le narratif résolument optimiste sur la situation en Ukraine que la Maison Blanche présente depuis plus d’un an. Ces rapports montrent que l’Ukraine manque d’armements, de munitions et de missiles, et que ses défenses aériennes sont en voie d’effondrement, en dépit de la fourniture, fort limitée, de systèmes occidentaux.

Les pilotes et mécanos de l'escadrille des Tigres volants et deux de leurs P-40

Ukraine : De nouveaux «Tigres volants» américains pour Kiev ?

Le constat est fait depuis longtemps : en dépit de l’assistance occidentale à l’Ukraine et de la fourniture par la Pologne et la Slovaquie d’une vingtaine de chasseurs Mig-29 de l’époque soviétique, l'Ukraine ne dispose pas d'appareils suffisants pour acquérir une supériorité aérienne, même limitée à un secteur du front, face à l’aviation russe, plus moderne, et aux défenses aériennes mobiles. Pourtant, un appui aérien important semble indispensable pour le lancement de la nouvelle offensive qui serait prévue dans un avenir incertain. Dans ce contexte, certaines sources évoquent la possibilité que l’administration Biden puisse fournir un soutien de l’aviation américaine en s’inspirant d’un précédent historique.

Dans un article de l'Asia Times, intitulé « Will Biden send US airpower for Ukraine offensive? » et publié le 26 avril dernier, les auteurs Stephen et Shoshana Bryen s’interrogent sur cette possibilité en évoquant l’exemple de la fameuse escadrille des Flying Tigers (« Les Tigres volants ») de la Seconde Guerre mondiale. Il s’agissait d’un groupe de pilotes « volontaires » qui combattaient pour la Chine dans la guerre contre le Japon.

La flotte russe traverse le Bosphore en 1799 (toile de Mikhail ivanov)
La flotte russe traverse le Bosphore en 1799 (toile de Mikhail ivanov)

Géopolitique : l’anachronisme de l’«accès aux mers chaudes»

Entre le XVIIIe siècle et le début du XXe, la marine russe a souffert d’une malédiction appelée l’« accès aux mers chaudes », c’est-à-dire aux mers libres de glaces toute l’année. À l’époque, la marine était à voile et la façade maritime de la Russie fort réduite. Ses ports en mer Blanche (Arkhangelsk), puis, au XIXe siècle, en Extrême-Orient russe (Vladivostok) étaient pratiquement inaccessibles en hiver et les seules voies d’accès aux zones océaniques étaient alors les ports de la mer Baltique et de la mer Noire : Saint-Pétersbourg fondé par Pierre le Grand en 1703, Sébastopol et Odessa, fondés par Catherine II respectivement en 1783 et 1794.

PIERRE LORRAIN

Journaliste, écrivain - spécialiste de la Russie et de l'ex-Union Soviétique